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Cher Bruno Lemaire

Il y a quelques jours, dans une lettre poignante postée sur Facebook et sur Instagram, vous pointez les sarcasmes que vous subissez après avoir déclaré porter un col roulé pour « faire des économies d'énergie, faire preuve de sobriété ».



En tant que ministre en charge de l’économie, vous assenez dans cette missive aux Français·es : « Vous aimeriez discuter de nos choix énergétiques, de sobriété, de transition climatique ? Moi aussi. Mais vous ne m’entendrez pas, car ma parole sera recouverte par le bruit. »

Puis tout en vous drapant dans une position de victime, vous concluez que ces critiques à votre encontre ne sont rien de moins qu’« un drame de notre vie démocratique ».



Mais le réel drame de notre vie démocratique, c’est que les Français·es se sont fait confisquer tout débat public sur nos choix énergétiques, Emmanuel Macron ayant décidé seul, et sans aucune réelle consultation démocratique, de relancer l’industrie du nucléaire.

Le drame de notre vie démocratique, c’est de réduire la sobriété au fait de porter un col roulé ou de baisser le chauffage, alors que le terme sous-tend un impératif de justice sociale, dans un pays qui dénombre 12 millions de précaires énergétiques, et de réorganisation de notre économie tenant enfin compte des limites de notre planète.

Le drame de notre vie démocratique, c’est de ne toujours pas avoir enclenché la transition climatique alors que l’État français est déjà doublement condamné en justice pour inaction en la matière et qu’entre le premier semestre de 2021 et celui de 2022, nos émissions nationales n’ont diminué que de 0,6 %.



Le drame de notre vie démocratique, c'est d’avoir accordé, en tant que ministre, 23 milliards d'euros aux industries automobile et aéronautique en 2020.

Le drame de notre vie démocratique, c'est de s’obstiner à renier le terme même de superprofit quand TotalEnergies, le premier pollueur climatique du pays qui émet autant de CO2 que l’ensemble des Français·es, engrange un bénéfice record de 14 milliards d’euros.

Le drame de notre vie démocratique, enfin, c'est de voir dans la lutte syndicale des salarié·es de TotalEnergies non pas un moyen de penser avec les travailleur·euses la fin des activités climaticides de cette multinationale, mais une nouvelle occasion de défendre les intérêts privés de la firme. Au détriment du monde du travail. Et du climat.

 


Mickaël Correia  travaille sur comment est adressée la question du climat dans les cercles de pouvoir politique et économique ainsi que sur les blocages et conflits d’intérêts qui entretiennent le statu quo en matière de lutte contre le chaos climatique.

il est égalament l'auteur de Criminels climatiques. Enquête sur les multinationales qui brûlent notre planète (La Découverte, 2022).